Quand la science nourrit la création : de la biologie aux bijoux en béton
J’ai travaillé pendant 12 ans dans des laboratoires de biologie : en tant que stagiaire, puis doctorante, post-doctorante et chercheuse. Un parcours fait d’hypothèses, de questionnements, d’expériences, de protocoles, d'analyses, d'observation … et de beaucoup d’imprévus, qui sont souvent des sources d’avancées.
Aujourd’hui, je me rends compte que ces réflexes scientifiques irriguent ma pratique de créatrice de bijoux en béton.
Dans mon atelier, je continue d’expérimenter – mais avec le béton comme matière première.
Une démarche expérimentale appliquée au béton
Dans la recherche scientifique, chaque hypothèse doit être testée, validée ou invalidée. C’est exactement ce que je fais aujourd’hui avec mes bijoux. Comme au laboratoire, j'ai un "cahier de manips", je note mes protocoles, je compare les résultats, je cherche à comprendre pourquoi telle pièce est parfaite quand une autre n'a pas la bonne texture ou n'est pas assez résistante. Chaque nouveau bijou est comme une petite découverte scientifique.
Explorer la matière comme un organisme vivant
J’ai aussi gardé de mon expérience scientifique le goût de la curiosité et de l’observation fine. Le béton, que beaucoup perçoivent comme froid ou brut, devient pour moi un matériau vivant. Un matériau qu'il faut apprivoiser car il n'existe pas de manuel qui explique comment l'utiliser pour fabriquer des bijoux. Tout est à inventer. Je l’associe à des métaux, du verre, de l’or ou des coquillages ; je teste sa résistance, sa réaction à des vernis protecteurs, sa capacité à dialoguer avec la lumière ou la peau. Comme en biologie, je cherche à révéler les propriétés cachées de la matière, à explorer ses comportements en conditions variées.
Entre rigueur et liberté créative
La rigueur scientifique me pousse à être exigeante : un bijou doit être esthétique, mais aussi solide et facile à porter. Chaque attache, chaque finition est pensée et testée pour atteindre le meilleur équilibre entre beauté et praticité. Mais la création me permet aussi de dépasser le cadre strict de la science : ici, les « résultats négatifs » deviennent parfois de belles surprises, de nouvelles pistes à explorer. Une bulle non prévue peut donner lieu à une pièce volontairement imparfait et unique. Un excès de pigment peut créer des motifs intéressants qui évoquent des minéraux.
La science comme socle d’une démarche artistique
Si mes bijoux portent une dimension poétique et artistique, ils reposent sur une démarche d’expérimentation constante héritée de mon parcours scientifique. Finalement, le laboratoire et l’atelier ne sont pas si éloignés : comme dans ma carrière de chercheuse, je cherche, je doute, je compare, j'ajuste, je teste … et je me réjouis de mes découvertes.